Les vaccins à ARNm ont été un tournant dans la lutte contre la pandémie de COVID-19 permettant la création d’une réponse immunitaire robuste et durable contre le SARS-CoV-2. Une question demeure : comment notre système immunitaire réagit-il après plusieurs années et des expositions répétées à différents variants ?
L’acquisition d’une immunité protectrice est le fondement du fonctionnement de notre système immunitaire adaptatif. Grâce à la mémoire immunitaire, notre corps déploie une réponse plus rapide et plus forte en cas de réexposition. Ce processus repose sur de véritables « archivistes » : les lymphocytes B mémoire. En cas d’agression, ce sont eux qui se réactivent pour produire les anticorps spécifiques au pathogène ciblé.
Pourtant, malgré l’effort de recherche mondial initial, l’évolution de ce répertoire de lymphocytes B face aux immunisations répétées reste méconnue. La circulation continue de nouveaux variants impose une mise à jour régulière des vaccins ARNm. Il existe donc un besoin pressant de comprendre comment cette mémoire vaccinale se mobilise réellement face aux souches émergentes.
Cependant, il n’existe aucune donnée sur l’évolution à long terme de ce répertoire mémoire, ni aucun facteur prédictif de la réponse à des vaccins ou variants. Or un phénomène complexe appelé « empreinte antigénique » pourrait diminuer l’efficacité vaccinale face à d’autres variants. Il s’agit d’un phénomène qui mobilise notre mémoire immunitaire dès que des parties antigéniques des pathogènes sont reconnus. S’il peut y avoir des parties communes entre une souche initiale et un variant, il reste que ces deux infections sont différentes. Cette empreinte antigénique pourrait donc nuire à l’efficacité vaccinale, surtout contre les formes sévères. Dans notre cas, notre système immunitaire, habitué à la souche initiale du SARS-CoV-2, mobilise ses anciens souvenirs au lieu d’apprendre les spécificités des nouveaux variants (comme le JN.1). Cette confusion peut nuire à l’efficacité globale, notamment contre les formes sévères. C’est précisément pour lever ce verrou scientifique que ce projet de recherche a lieu.
Grâce au soutien de la Fondation, les chercheurs analysent une cohorte de patients suivis depuis le début de la pandémie. L’objectif est double : étudier la dynamique de la mémoire immunitaire in vivo (chez l’homme) et tester sa réactivité in vitro grâce à un système innovant de culture 3D.
- L’évolution du répertoire : analyser comment nos cellules mémoires se sont remodelées (ou non) sur quatre ans. La protection contre les formes graves persiste-t-elle malgré l’évolution du virus ?
- Le test du vaccin JN.1 : étudier en temps réel la réponse des patients au dernier rappel vaccinal (hiver 2024/2025). Le but est de savoir si nos cellules mémoires parviennent encore à se diversifier pour contrer les mutations récentes.
- L’innovation technologique des organoïdes : utiliser des « organes sur puce » mimant le fonctionnement d’un ganglion humain. Ce système permet de tester la réaction immunitaire à de futurs vaccins sans recours aux modèles animaux, offrant un outil de prédiction ultra-rapide.
Alors que l’effort de recherche mondial sur le COVID-19 ralentit, des questions essentielles restent sans réponse : à quel rythme faut-il faire ses rappels ? Comment concevoir des vaccins qui ne soient pas piégés par la mémoire immunitaire ? En finançant ce projet, la Fondation de l’AP-HP permet non seulement de maintenir une excellence de recherche française sur la mémoire immunitaire, mais donne aussi les moyens aux médecins de mieux protéger les populations les plus vulnérables face aux épidémies futures.
Les clés du projet :
- 2020-2025 : plus de 5 ans de recul sur l’évolution du répertoire immunitaire des participants.
- 6 mois de suivi intensif : la durée durant laquelle la réponse au nouveau vaccin JN.1 (souche de l’hiver 2024/2025) est analysée après l’injection.
- Organoïdes : un système de culture innovant qui permet de tester in vitro (en laboratoire) la réaction des cellules de chaque individu face à de futurs variants, sans attendre une nouvelle vague épidémique.