L’intelligence artificielle pour l’aide au diagnostic du cancer de la prostate

A l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et l’hôpital Tenon AP-HP, une équipe travaille actuellement sur le développement d’un algorithme capable d’interpréter de façon fiable les résultats d’IRM de dépistage du cancer de la prostate. Ils s’appuient sur la richesse des données disponibles dans l’entrepôt de données de santé de l’AP-HP et l’expertise de l’INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et Automatique).

Un cancer grave et fréquent

Le cancer de la prostate est le plus fréquent des cancers en France. C’est un cancer mortel : il se situe au 3ème rang de décès par cancer chez l’homme. Jusqu’à peu, la stratégie de détection du cancer de prostate était basée sur l’évaluation du taux de PSA  (antigène spécifique de la prostate) et du toucher rectal et, en cas de modification de l’un ou l’autre de ces paramètres, par des biopsies prostatiques effectuées sous échographies.

Améliorer le diagnostic pour mieux soigner

Or l’échographie ne permet pas de détecter le cancer de la prostate. Les prélèvements biopsiques guidés par l’échographie seule sont effectués au hasard dans la glande avec un risque de ne pas diagnostiquer un cancer pourtant agressif. L’IRM prostatique permet, elle, de détecter le cancer prostatique dans la glande et de guider les prélèvements biopsiques. Les prélèvements guidés par l’IRM sur les zones suspectes sont plus précis et donc plus performants.

Cette stratégie permet un meilleur diagnostic du cancer de prostate et par conséquent une meilleure prise en charge des patients. Depuis peu,  les sociétés savantes françaises et européennes recommandent de faire cet examen en première ligne pour le diagnostic du cancer prostatique avant la première série de biopsies, une révolution ! L’indication des biopsies prostatiques et la prise en charge future des cancers de prostate seront donc conditionnées par les résultats de l’IRM.  Cependant l’interprétation de cet examen est difficile et demande une grande expertise. Peu de radiologues sont actuellement formés, ce qui en limite l’accessibilité pour les patients.

Le développement d’un logiciel de traitement et d’analyse de l’IRM prostatique permettrait d’apporter une aide considérable au radiologue pour le diagnostic du cancer de prostate et par conséquent une meilleure diffusion de l’examen, une meilleure prise en charge des patients.

L’intelligence artificielle peut améliorer significativement le diagnostic

Pour développer ces algorithmes, un projet de recherche collaboratif entre le Pr Renard Penna du service d’imagerie médicale de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP et l’équipe EPIONE de l’INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique) a été initié. L’objectif de ce projet est de construire et de valider un algorithme d’intelligence artificielle pour détecter le  cancer de la prostate à partir d’IRM prostatiques.

L’entrainement et la validation  des algorithmes seront réalisés sur un grand nombre d’IRM prostatiques disponibles au sein de l’entrepôt de données de santé de l’AP-HP et tout particulièrement à la Pitié-Salpêtrière et à l’hôpital Tenon, centres de référence dans la prise en charge des cancers de la prostate. Les différentes zones de la prostate seront segmentées par un radiologue, ainsi que les zones suspectes pour entraîner la machine dans un premier temps à reconnaître ce qui est normal de ce qui est pathologique. Puis les algorithmes seront validés sur des IRM prostatiques préalablement interprétées par un expert, ce qui nécessitera au préalable d’harmoniser les bases de données qui contiennent des milliers d’informations.

La mise au point de ces algorithmes grâce à l’intelligence artificielle apportera une aide considérable au diagnostic des cancers de prostate, et donc à terme une meilleure prise en charge de ce cancer.

Le Pr Raphaële Renard Penna est intervenue lors du huitième Rendez-vous de la Fondation dédié à l’intelligence artificielle : voir son intervention.