Un enjeu de santé publique : le dépistage des troubles psychiques périnataux
Au sein des 13 maternités de l’AP-HP, où 36 000 naissances sont enregistrées chaque année, la vigilance médicale s’accroît autour de la santé mentale des parents. Les indicateurs cliniques révèlent une situation préoccupante : plus de 50 % des épisodes dépressifs durant la grossesse ne sont pas détectés.
La période post-partum est également une phase de vulnérabilité accrue, touchant 10 à 20 % des mères et 6 à 10 % des pères. Aujourd’hui, les complications liées aux troubles psychiques sévères, notamment le risque suicidaire, représentent la co-première cause de mortalité maternelle en France.
Le dispositif EMPP : une pluridisciplinarité au service du lien parent-enfant
Pour répondre à ces besoins, trois Équipes Mobiles de Psychiatrie Périnatale ont été progressivement mises en place depuis 2021 :
- L’équipe multisites Amae (Hôpitaux Tenon, Trousseau et Pitié-Salpêtrière) ;
- L’équipe de l’hôpital Louis-Mourier ;
- L’équipe de l’hôpital Jean-Verdier (en lien avec l’hôpital Avicenne).
Ces unités se composent de binômes pluridisciplinaires associant des compétences médicales, soignantes, socio-éducatives et de remédiation (pédopsychiatres, psychologues, infirmières puéricultrices, psychomotriciennes et assistantes sociales). Leur périmètre d’intervention est vaste, couvrant l’Est parisien, la Seine-Saint-Denis, ainsi que des communes des Hauts-de-Seine et du Val-d’Oise.
L’approche de l’« aller-vers » : investir le territoire et déstigmatiser le soin
La spécificité des EMPP repose sur l’intervention directe auprès des familles isolées ou vulnérables, dès la conception et jusqu’aux deux ans de l’enfant. Cette modalité de soin en mobilité répond à des objectifs précis pour les « 1000 premiers jours » :
- Développer le repérage : Aller au-devant des familles, vers les patients exclus du soin, pour repérer les parents vulnérables ainsi que les bébés en souffrance.
- Faciliter l’accès aux soins : Proposer une offre de soins psychiques facilement accessible et rapidement mobilisable quand l’accès classique est difficile. Ces interventions s’effectuent à domicile, en maternité ou dans les structures partenaires.
- Déstigmatiser la psychiatrie : Pour contourner la peur du mot « psychiatrie », l’entrée en matière se fait en douceur : une puéricultrice aborde d’abord les soins du bébé pour créer la confiance, avant même l’intervention du psychologue.
- Investir le territoire : Tisser des liens avec les acteurs locaux pour assurer une continuité de suivi et faciliter l’orientation des patients.
Évaluation et perspectives : vers une généralisation du modèle
L’étude d’impact IMPROVE a confirmé l’efficience de ce dispositif. En assurant un accès précoce et coordonné, les EMPP reconnectent les familles au parcours de soin beaucoup plus rapidement que les structures conventionnelles.
Les données d’activité de l’année 2025 illustrent l’ampleur de ce maillage territorial :
- 457 familles ont été accompagnées de manière globale par les trois équipes.
- 1651 visites à domicile (VAD) ont été réalisées pour aller directement au contact des situations les plus complexes.
- 1 967 consultations ont été assurées.
Fort de ces résultats cliniques, le programme s’agrandit. En 2026, trois nouvelles équipes ouvriront au sein des hôpitaux Bichat, Robert-Debré et Lariboisière.